Analyse du mépris contemporain pour les femmes blondes Analyse des causes et des effets dans les médias
Un interessant article de Slate, portant davantage sur la viralité de l'information que sur la persécution médiatique des femmes blondes, mais on ne va quand même pas bouder notre plaisir.
mis à jour le 03.06.2014 à 16 h 23
Assister à la naissance d'une information virale est toujours un moment émouvant. Ce simple exemple en quelques étapes et deux journées montre à quel point la plus aride des études scientifiques peut devenir un succès de clics sur Internet –pourvu que le sujet s'y prête et qu'on maîtrise une autre science, celle de la titraille.
Ici, on passe d'une étude qui montre que les cheveux blonds sont le résultat d'un changement mineur de l'information contenue dans l'ADN par rapport aux cheveux bruns à la conclusion selon laquelle les blondes ne sont pas plus bêtes que les brunes. L'étude fonctionne médiatiquement parce que ses résultats parlent à tout le monde et qu'elle sert à remettre en cause des stéréotypes basés sur l'apparence physique. Mais on peut imaginer le même parcours fulgurant pour une étude aux conclusions plus controversées, comme ce fût le cas dernièrement autour des résultats contestés d'une étude de neurosciences sur les réactions observées par IRM chez des pédophiles regardant des photos d'enfants.
Titre: «Une base moléculaire de la couleur blond classique chez les Européens»

Titre: «Des changements subtils d'ADN aux niveaux des protéines déterminent le fait d'avoir des nattes blondes ou brunes»

Titre: «La génétique des cheveux blonds»

Titre: «Une étude sur l'ADN fait voler en éclats le stéréotype de la “blonde stupide”»

C'est cet article qui le premier fait le bond interprétatif qui sera repris sur les autres sites d'actu. Les citations du professeur Kingsley, à l'origine de l'étude, sont reprises du communiqué de presse de Stanford. C'est le génie de la relation presse: susciter le titre et l'angle que choisiront les médias mais sans avoir l'air d'y toucher...
«Il est clair que ce changement de la couleur des cheveux a lieu à travers un mécanisme de régulation qui n'agit que sur les cheveux. Il ne s'agit pas de quelque chose qui affecte aussi d'autres traits, comme l'intelligence ou la personnalité. La blondeur n'est qu'une question de couleur.»
A vrai dire, l'étude elle-même ne cherchait pas à déterminer si les blonds étaient plus ou moins intelligents que les autres. La conclusion en est que le gène associé à la couleur des cheveux ne peut pas être jugé comme déterminant d'autres traits de personnalité (et même, qu'il n'est pas lié à d'autres traits physiques comme la couleur des yeux).

